Le silence est d’or

Le bruit est partout. Il semble impossible aujourd’hui de trouver un recoin du monde où l’on pourra s’entendre penser sans avoir en toile de fond une notification qui tinte, les pas de mes voisines qui rentrent joyeusement de l’école, les portes qui claquent, les ouvriers du chantier d’à côté qui crient, la rue qui s’anime…

Nous sommes entourés de manière perpétuelle par des environnements qui nous stimulent visuellement, mais pas seulement. La pollution sonore est aujourd’hui de plus en plus dénoncée et étudiée, la ville de Paris a d’ailleurs mis en place des mesures pour réduire cette dernière – je ne rentrerai pas dans les détails de ce sujet.
Mon point est simple : nous sommes entourés de plus en plus de bruit et cela a des conséquences importantes sur nos modes de vies et de pensées.

Le bruit tue.

Des études montrent que la surexposition au bruit augmente le risque de trouble cardio-vasculaire, il a aussi une incidence sur nos performances cognitives ou encore sur la qualité de notre sommeil (et je ne parle pas de vos voisins qui célèbre la victoire de leur équipe de foot préférée en pleine semaine). La pollution sonore touche environ 100 millions de personnes en Europe qui sont exposées à des niveaux sonores jugés nuisibles, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). Dans certaines zones urbaines, les niveaux sonores dépassent régulièrement les 65 décibels, seuil considéré comme néfaste pour la santé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le bruit peut donc nous tuer, de manière assez littérale, ou en tout cas nous rendre la vie bien plus compliquée. Il n’est pas seulement question de perte d’audition comme vous l’aurez compris. Il existe de nombreux articles sur le sujet ce n’est pas le point que je souhaite faire aujourd’hui même s’il était important de mentionner ce point concernant notre santé à tous.
Nous vivons dans un monde où la pollution sonore est plus présente que jamais, et cela ne va pas vraiment aller en s’arrangeant. Bien qu’on prenne conscience de l’importance du silence et que les divers gadgets réducteurs de bruit envahissent le marché (en 2021, les ventes mondiales d’écouteurs avec une technologie réductrice de bruit ont dépassé les 40 millions d’unités), la réalité reste assourdissante si vous m’autorisez le jeu de mot.

Comme je vous l’expliquais au-dessus, le bruit n’a pas seulement des conséquences sur notre santé mais aussi sur nos performances cognitives et donc notre capacité à nous concentrer et à être productif. Une étude de l’Université Cornell a révélé qu’une exposition au bruit pouvait entraîner une baisse de 66% de la productivité des employés dans des environnements de travail bruyants. Le bruit va donc nuire à notre concentration et par ricochet il peut être un handicap pour notre créativité.

Vous comprenez sûrement où je veux en venir – le sous-titre m’avait certainement déjà démasquée. Je repasserais pour la subtilité. 

Le silence ouvre les portes de la réflexions

Il y a trois ans, je lisais pour la première fois « The Diamond Cutter: The Buddha on Managing Your Business and Your Life »,un ouvrage de Michael Roach qui combine des principes du bouddhisme avec des stratégies business mais aussi de développement personnel. De ce livre, que je n’ai pas trouvé particulièrement digeste pour être honnête, je retiens un enseignement que j’estime essentiel pour le développement d’un projet, d’un business et d’un individu de manière épanouie : l’importance du silence et de l’isolement.

Parlons donc de la “Forest Week”. Même si je sais que la forêt et les cottages envahissent le devant de la scène – nous y reviendrons – à l’époque où le livre est écrit (en 2000) ce n’est pas encore le cas. Roach explique qu’il est essentiel de prendre régulièrement une semaine où l’on se coupe totalement du monde – pas d’ordinateur, pas de téléphone, pas d’internet si possible – et on se concentre sur soi et la résolution d’un problème / un projet en particulier. Il explique que le fait de se retirer totalement de notre environnement quotidien et de toutes les perturbations qui cohabitent avec nous permet de s’engager totalement dans l’objectif de cette semaine. L’objectif peut d’ailleurs être le repos total, l’oisiveté ou encore la lecture, aucune obligation de productivité. L’idée est de se couper du brouhaha, de créer le silence littéral et figuré pour donner de l’espace à nos facultés cognitives.

Prenons l’exemple de Bill Gates qui est connu pour son habitude de se retirer régulièrement dans un lieu totalement isolé où il part uniquement avec des livres et de quoi écrire. Durant ces périodes il peut plonger intensément dans ses lectures et réflexions. C’est une sorte de “Forest Week”.

Notre capacité à affronter le silence et la solitude est un atout que nous ne devrions pas négliger. Dans un monde où nous sommes disponibles pour tous à tout moment du jour et de la nuit, où les villes ne dorment jamais, où tout semble s’accélérer sans cesse, le privilège de l’arrêt sur image et de la vie en slow motion est un privilège que beaucoup pensent inaccessible. Et pourtant? S’agit-il vraiment d’un luxe hors d’atteinte? Je ne pense pas.
Nous pouvons tous choisir de ne plus dormir avec nos téléphones, de paramétrer un mode “ne pas déranger” dans nos téléphones pour travailler sans interruption, de désinstaller les applications qui nous causent de l’anxiété, expliquer à nos collaborateurs et clients que non, nous ne leur devons pas une réponse instantanée.
Nous avons perdu de vue l’intérêt de prendre le temps avant de répondre – mon arrière-grand-mère nous dirait de tourner notre langue sept fois dans notre bouche avant de répondre frénétiquement à nos emails, slack, whatsapp, discord, et j’en passe. Le silence et la solitude face à nos pensées ouvrent un univers de réflexion nouveau non négligeable. Alors comment faire pour s’offrir le cadeau d’une vie soustraite à la tyrannie de la cacophonie ?

S’exiler pour mieux penser

La réponse serait-elle l’exil ? Ne soyons pas drastique. Ne tombons pas non plus dans l’image erronée qu’on nous sert sur les réseaux d’une slow life sous les cocotiers ou rien. Je vous parle d’une vie plus saine, d’un silence salvateur qui permet de s’écouter à nouveau. Et cela passe par un changement d’environnement. 

Je n’invente pas la roue en vous disant que votre environnement (et pas seulement le nombre de décibels auxquels il vous expose) a un impact considérable sur votre créativité, votre productivité et votre niveau de bonheur en général. Il semble donc logique de vous parler de changer d’environnement pour remédier au problème de surexposition au bruit – à nouveau littéral et figuré.

Je voulais commencer avec l’exemple de Warren Buffett (oui, partager la vie d’un analyste n’est pas sans conséquence, me voilà avec mes exemples en direct du monde de l’investissement dit “value”) : il fait le choix de vivre à Omaha dans le Nebraska malgré son succès. Il explique son attachement à ses racines et les bienfaits pour son processus de réflexion et de prise de décision de se tenir à l’écart de l’ébullition des grandes villes.

Après deux visites à Omaha je vous confirme que vous y êtes à l’écart du bruit! L’arrivée en avion vous permet de réaliser que vous atterrissez au milieu de nombreux – et vastes – champs de maïs. Croyez-le ou non mais la parisienne d’adoption que je suis a le cœur un peu serré à chaque départ d’Omaha, je ne vous parle même pas de la claque à l’arrivée dans le RER pour rentrer de l’aéroport… 

Je doublerais cet exemple de celui de Guy Spier, un investisseur et auteur, qui lui aussi explique avoir choisi en réfléchissant avec beaucoup de soin au lieu où il souhaitait s’installer pour travailler mais aussi pour offrir le meilleur cadre possible à sa famille. Il souligne le calme de l’environnement qui lui permet de rester tempéré face à la frénésie qui peut parfois s’emparer des marchés financiers.
Cela vous rappelle quelque chose ? Les réseaux sociaux, la présence en ligne, les injonctions et la frénésie qui les entourent sont parfois – souvent – toxiques et ne sont pas forcément nécessaire à la réussite (allez donc jeter un oeil au site web de ce cher Warren, je vous accorde que ce n’est pas le coeur de son métier, mais tout de même…)
La prise de distance virtuelle, et réelle, favorise la réflexion  par soi-même, la prise de hauteur, et une consommation de l’information plus saine et responsable. Je pense que la distance nous relie à notre besoin de profondeur, en tant qu’individu mais aussi en tant que société.

La pratique de la retraite solitaire, qu’elle soit spirituelle ou philosophique, remonte à des temps anciens et se retrouve parmi les cultures et religions. Les ermites sont des figures présentes à travers les âges et sont souvent vectrices de sagesse.
En quelque sorte Warren Buffett et Guy Spier sont des ermites des temps modernes. Ils ne sont pas entièrement reclus, ou coupés du monde mais ils se tiennent à une distance raisonnable qui leur permet de mener une vie saine où ils peuvent performer au mieux de leur capacité dans leur domaine d’expertise.

Même si aujourd’hui les retraites spirituelles fleurissent et que le new age est plus que jamais à la mode, parvenir à une forme de retraite durable, raisonnable, qui nous donne accès à une vie plus douce semble un objectif qui en fait rêver plus d’un. Force est de constater que bon nombre de mes pairs (millenials et générations qui s’en suivent) quittent leurs jobs les uns après les autres, cherchent du sens et s’interrogent sur le futur du travail mais aussi sur le sens plus profond de leur existence ainsi que l’équilibre savant qu’ils souhaitent conquérir entre épanouissement personnel et professionnel. Cela m’amène à mon ultime constat.

Pourquoi rêvons-nous d’être transporté dans The Holiday?

Le seul et unique « Rosehill Cottage » où Cameron Diaz vient passer Noël.

 La saison s’y prête me direz-vous, ajoutez à cela la perspective de voir Jude Law toquer à l’improviste à votre porte et l’affaire est dans le sac. Comme un symptôme d’une volonté de retour à la ruralité et à un mode de vie plus tranquille, plus calme. À l’heure du bruit, de la course et du toujours plus, le rêve du cottage perdu dans les Highlands ou la campagne anglaise semblent séduire de plus en plus de monde. 

Que ce soit dans les tendances que je suis assidûment sur Pinterest, dans les newsletters concernant les arts décoratifs auxquelles je suis abonnées, dans celles des rédacteurs web, sur Spotify, et évidemment partout dans mes recommandations instagram (malgré ma consommation abondante de contenu concernant Beyoncé et Taylor Swift, on ne change pas une équipe qui gagne) le cottagecore est partout ! Je suis bien évidemment consciente que mes recommandations sont biaisées par le contenu que je consomme et vous l’aurez compris j’ai rejoint sans hésiter l’équipe des ermites sous plaids et perfusion de tisane (mes plus proches vous confirmeront que je bois dès le réveil les tisanes “nuit tranquille”, je n’ai pas d’explication intelligente à ce comportement).
Cependant je trouve intéressant de voir qu’aujourd’hui, deux idéaux de “slow life” semblent s’opposer. 

  • D’un côté vous trouverez les influenceurs/solopreneurs qui vivent leur succès sur les plages d’Indonésie en faisant miroiter la journée de 4 heures qui vous rendra millionnaire. Leurs histoires ont inspiré bon nombre de personnes à tout quitter pour espérer un jour obtenir cette vie là, le contexte économique post-covid favorisant les possibilités de travailler en “full remote”. Je ne suis pas spécialement convaincue par cette première catégorie comme vous l’aurez compris.
  • Face à eux nous retrouvons un ensemble de personnes assez hétéroclites composé de rats de bibliothèques, d’amoureux de la nature, d’amateurs d’inspirations britanniques, de fans de kitsch et autres tendances vintage, et j’en passe. Ce sont ceux qui ont toujours préféré l’automne et le calme de la solitude au brouhaha de la popularité qui semblent entrer dans leur “revenge era” (j’exagère quelque peu sur les clichés). Ainsi pour eux la slow life c’est un retour à un mode de vie plutôt rural (ou à la vie de village/petite ville – l’engouement pour Gilmore Girls et son revival il y a quelques années sur Netflix m’en est témoin) -, simple, rempli de bon sentiment aux odeurs de films de Noël est une véritable tendance marketing qui est d’ailleurs très bien décryptée dans divers articles dont celui-ci (recommandé par Chloé dans une de ses newsletters, que je vous recommande au passage).

Je ne souhaite pas analyser en détail les considérations marketing qui accompagnent la tendance cottagecore. En revanche je pense qu’elle illustre à la perfection un idéal de vie dans lequel on se projette facilement par opposition à nos modes de vie où nous sommes sollicités en permanence. Le cottagecore, au-delà des intérieurs remplis de livres et de bibelots, des cheminées et des cabanons et autres jardins d’hiver, c’est un idéal de calme et de sérénité. Cette tendance a d’intéressant qu’elle est principalement au goût des millenials et de la Gen Z, une génération qui ne cesse d’exprimer sa quête de sens dans tout ce qu’elle fait. Rien de surprenant ainsi dans l’adoption d’un idéal qui place le fait de posséder des oies dans son jardin au même rang que de parvenir à s’offrir un 3 pièces au centre de la capitale. 

Je suis obligée de constater que mes amis désertent Paris pour se mettre au vert, non pas par contrainte mais bien dans la quête d’une vie plus calme, plus simple, plus lente. Cet idéal de lenteur et de soin de soi qu’incarne le cottagecore est un idéal que je vois aujourd’hui comme étant la clé d’une réussite durable et d’un travail qualitatif, en tant que cheffe d’entreprise mais aussi pour les personnes salariées.
Je pense que la prise de recul, le silence, la distance sont les clés pour mener à bien un projet qui aura un véritable impact sur le long terme. Je crois aussi que c’est ce qui permet de ne pas se perdre dans son travail, de ne pas perdre son sens des priorités ou encore son identité en cherchant à satisfaire un algorithme.


Je vous souhaite donc d’entrer dans l’hiver avec stabilité et de vous offrir un cadre qui vous coupe aussi bien du brouhaha que le dernier casque à la mode. Afin que vous puissiez entendre plus clairement le son de vos pensées et les voix de celles et ceux qui comptent vraiment. 

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