Qui craint le grand méchant loup ?

Avez-vous déjà joué au Loup-Garou ? Vous savez ce jeu où vous n’avez besoin d’aucun matériel et où le but est de découvrir qui sont les loups garou avant que tous les villageois aient été tués. 

Si vous n’avez jamais joué, regardez cette vidéo où Lena Mahfouf organise une partie géante avec ses amis. 

Sur ce blog on parle business, marketing et stratégie donc là je sais que vous vous dites, qu’est-ce qu’elle raconte encore avec son jeu de fin de soirée ? 

Bear with me, vous n’allez pas être déçus.

Si vous ne connaissez pas les règles voici un petit rappel :

Préparez un jeu de cartes, une pour chaque joueur, en inscrivant un rôle sur chacune d’entre elles.

Un « Modérateur »
Deux « Loup-garou ».
Un « Villageois (Voyant) »
Tous les autres « Villageois »

Mélangez les cartes et distribuez-les, face cachée. Chaque joueur doit regarder sa carte, mais doit la garder secrète. Seul le modérateur révèle sa carte et se présente comme le modérateur.

Deux joueurs sont maintenant secrètement des loups-garous. Ils essaient de massacrer tous les habitants du village (sympa n’est-ce pas ?)

Le jeu se déroule en alternant les phases “jour” et “nuit”. 

La nuit tout le monde ferme les yeux puis le modérateur invite les loups-garous à ouvrir les leurs. Il leur demande ensuite de choisir quelqu’un à tuer.
Une fois que c’est fait, les loups garous ferment les yeux. C’est ensuite au tour du voyant d’ouvrir les yeux pour choisir quelqu’un à interroger. Il désigne silencieusement un joueur au modérateur qui acquiesce ou non selon si le joueur est un loup-garou.

Le voyant ferme ensuite les yeux.

Ensuite vient le jour et là tout le monde ouvre les yeux. Le modérateur indique qui a été tué, ce joueur révèle sa carte.

Vient alors le temps de la vengeance : dès qu’une majorité s’accorde sur la mort d’un joueur alors le modérateur valide cette mort et le joueur révèle sa carte. 

Il n’y a aucune restriction de parole à ce moment du jeu. Tout joueur vivant peut dire ce qu’il veut : vérité, fausse piste, absurdité ou mensonge pur et simple.

L’histoire d’un jeu volé

Le Loup-Garou n’a pas toujours été nommé ainsi. D’ailleurs ce jeu qui est aujourd’hui commercialisé a d’abord été mis à disposition gratuitement pour les usages personnels, il est d’ailleurs toujours disponible ainsi juste là. Dimitry Davidoff créa le jeu Mafia en 1987 dans le cadre de ses travaux de recherches pour le département de psychologie de l’université de Moscou. Je ne vais pas rentrer trop dans les détails mais l’objectif de ce jeu était principalement de forcer les joueurs à accepter leurs erreurs. 

In that sense, the Mafia game models a conflict between an informed minority and uninformed majority, thus creating an information asymmetry (2018) in the imaginary setting (the City). Kevin Slavin, in the Cnet article “Why do young techies want to be werewolves?” (Mccarthy, 2009), named Mafia “a game with an interplay between information and social dynamics.”

Rapidement le jeu a été repris et de Mafia il est devenu le Loup-Garou que nous connaissons aujourd’hui. Cependant les distributeurs actuels du jeu ne détiennent pas de license commerciale comme le rappel son créateur dans une interview

FH : Does « Les Loups-garous de Thiercelieux » and « Lupus in Tabula » have a licence for commercial use of Mafia?

DD : These games do not have a license. Companies who produced them […] intentionally mislead their customers about origins of the game. These companies took my game, invented a bogus story about its origins and make profits while selling it […].

Ce que le loup-garou dit de nos interactions

Comme Kevin Slavin, cité ci-dessus, le fait remarquer, ce jeu nous montre comment les informations dont nous disposons influent sur nos dynamiques sociales. Le jeu oppose une majorité peu informée (les villageois) à une minorité informée (les loups-garous). Ce qui est intéressant c’est que le jeu tend à mettre en exergue des comportements caractéristiques de nos sociétés. Bien qu’il soit souvent joué “à la légère” il existe aussi des compétitions officielles, des forums en lignes et de nouvelles variations émergent de ces communautés de joueurs, complexifiant les partie-prenantes et donc reproduisant des comportements spécifiques de nos sociétés. 

“Mafia’s resonance is with some of the worst, but most universal, traits of human society. Every culture has had its witch-hunts and pogroms, and anxiety about being caught on the wrong side of persecution is a fear that crosses borders, languages and eras. Mafia, in its abstract, trivial way, lets us play with those fears.” (c) by Wired (Robertson, 2010)

Le jeu a un franc succès parmis les communautés “tech” et les “geeks” de la Sillicon Valley, d’une part parce que la simplicité des règles rappellent des codes élégamment écrit et d’une autre parce que les interactions entre les joueurs font échos à celles qui se dessinent lors des levées de fond et autres négociations auxquels ils prennent part dans le développement de leur start up.

Le loup-garou nous rappelle que lorsqu’on manque d’information on peut aisément être manipulé par une personne ou un groupe qui en a plus que nous. Il nous montre aussi que lorsqu’il est question de servir ses intérêts un groupe sera prêt à mettre en place toutes les stratégies, même les pires. 

Faut-il chasser les loups-garous ?

Je pense qu’il est assez clair que le contexte politique et socio-économique dans lequel nous vivons m’a poussée à aborder ce sujet. Bien qu’il ait été pertinent de tout temps si l’on y réfléchit. Les dynamiques de pouvoirs, de persuasion, de maîtrise de l’information sont au cœur de notre Histoire. Sauf qu’aujourd’hui l’information est accessible, rapidement, et en masse. 

Les loups-garous sont partout et vous travaillez peut-être pour eux sans le savoir. Sans vouloir être alarmiste ou complotiste je veux seulement pointer du doigt que lorsque nous repartageons une information sous le coup de l’émotion, sans vérifier la source de la personne qui l’a partagé avant nous (souvent une personne de confiance, ce qui justifie notre manque de vigilance quant à la source d’ailleurs), nous pouvons parfois véhiculer des messages qui servent les loups-garous. 

Quand je vois des messages relayés sous le coup de la colère, ce que je fais moi-même souvent, je suis toujours perplexe. Par exemple, prenons le décompte des féminicides que j’ai longtemps repartagé sans jamais vérifier l’information. Trop atterrée pour penser qu’une fausse information pourrait circuler à ce propos, je n’ai que tardivement compris, en m’informant, qu’il arrivait que certaines personnes manipulaient des informations dans ce cas aussi, pour servir une cause que je sais juste mais avec des méthodes qui risquent pourtant de lui nuire.

Je prends volontairement des exemples concernant un milieu militant que je connais, où j’évolue, que j’ai étudié et éprouvé. Évidemment mon intention n’est pas de nuire au mouvement féministe, loin de là. Seulement de vous montrer que j’essaie d’éliminer au mieux mes biais. Il aurait été trop simple de vous montrer que l’extrême droite fait pulluler les loups-garous… 

Malheureusement je suis forcée d’admettre que même parmi les causes qui me tiennent le plus à cœur se cachent des loups-garous. Je pense qu’être consciente de cela est une force et m’oblige à être intransigeante quant aux informations que je consomme et que je relaie.

Je ne me lancerai jamais dans une chasse aux sorcières pour plusieurs raisons. Tout d’abord, je pense que l’histoire nous a prouvé à plusieurs reprises que celles-ci ne se terminent jamais bien. De plus, je crois qu’il est plus pertinent de se demander comment éviter de devenir un loup-garou plutôt que de tirer les yeux bandés en espérant qu’il n’y aura pas trop de victimes collatérales. 

Comment ne pas succomber à la transformation ?

Je suis profondément persuadée que cultiver sa propre responsabilité concernant les propos que l’on relaie est la véritable solution. Si chaque villageois fait son travail et vérifie ses sources alors les murmures des loups-garous seront de moins en moins efficaces, jusqu’à ce que les loups-garous puissent repartir là d’où ils viennent, la queue entre les jambes. 

Il ne faudra pas succomber à la colère et plutôt s’appuyer sur les faits, sur la preuve, et répéter en gardant son calme jusqu’à ce que les hurlements des loups soient recouverts par le bourdonnement des villageois.

Je pense qu’il est de la responsabilité de chacun de s’informer correctement, il est aussi de notre devoir en tant que société de tenir responsable les médias qui sont les garants de l’information. 

En quoi cela a à voir avec votre business ? Et bien je pense qu’en tant que cheffe d’entreprise je ne souhaite pas devenir un loup-garou, qui ne partage pas l’information et pense se battre contre des villageois. Je veux être de ces personnes avec qui l’on veut collaborer car on sait qu’on sera leur égale, je veux être un exemple de transparence, je suis persuadé que c’est un des meilleurs moyens de tirer le meilleur parti de nos collaborations.

Qu’elles soient professionnelles ou non.

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